Partager l'article ! Lundi 27 juillet au dimanche 2 août: Les 30 km séparant la ville de Trinidad du charmant pueblecito Sachojere sont du même tonneau que ce que ...
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Les 30 km séparant la ville de Trinidad du charmant pueblecito Sachojere sont du même tonneau que ce que nous voyons depuis le début. Il faut louvoyer entre les trous, éviter les vaches en colonie de vacances qui déambulent au milieu du chemin, fermer les fenêtres de Titine pour ne pas se surcharger en poussière. Heureusement que nous avons laissé la remorque à Sta Cruz ! Elle n’aurait pas supporté ce champ de mines supplémentaire. Toute la famille de Walter nous attend. Il est 10h et des brouettes quand nous débarquons au « puesto » (ferme). Nous sommes accueillis par Celia, la mère, et une tripatouillée de jeunes et moins jeunes, les coqs, les poules, les canards, les chatons, les cochons, les chiens, libres de leurs mouvements dans la cour de la ferme. Les petits museaux des brebis de peau (variétés de mouton sans laine) viennent aussi nous humer, les chevaux lèvent la tête, écoutent, se remettent à leur occupation préférée : la tonte des prés ! Les vaches laitières du corral observent discrètement du bord de leur œil étonné, ourlé de grands cils, mugissent un peu puis continuent de surveiller leur veau respectif. Nous amorçons un petit tour dans les alentours en attendant le capataz (chef) prévenu par radio de notre arrivée. Il est de tradition que lorsqu’une personne débarque chez vous, une collation lui soit proposée. Nous avons accepté les jus de fruits frais offerts par la maîtresse de maison, des pomelos extra doux. Nous avons été invités à passer à table avec les membres de la famille et partager leur repas. A peine terminé, le Père est arrivé et s’est installé pour se restaurer. Nous avons discuté un moment, lui avons expliqué le but de notre déplacement. Ils connaissaient tous Eric, résident temporaire en avril dernier, mais Camille et moi n’étions allées sur la propriété que 2 fois l’an passé et juste pour faire un tour. Dans l’après-midi, 2 chevaux sont sellés, un pour Camille et un pour moi. Une selle en bois recouverte de cuir posée sur une épaisseur de couvertures (chucis), recouverte de tapis et de peaux de moutons, le tout attaché par une sangle de cuir. Les étriers de cowboy avec protection en cuir sur l’avant, des rênes courtes et terminées par une boucle comme une dragonne, un filet avec un mors de folie (les copains qui ont vu ceux ramenés par Eric imaginent la taille des engins !), le licol plus sa longe enroulée et fixée sous le pommeau de selle. Nous montons à cheval et partons vers la 2ème ferme « Tajibo liao » située à 5 km. La fille de Walter se met en croupe avec Camille et nous guide. Eric et le capataz nous suivrons à moto ; les chevaux sont trop loin à cette heure-ci pour en récupérer pour eux. Je suis donc en selle sur le cheval du patron. Les personnes qui ont déjà eu un canasson sous les fesses savent bien que changer de monture c’est comme changer de chaussures…il faut un temps d’adaptation pour s’y habituer ! Nous avons rejoint la ferme tranquillement. Pas de coups de talons, pas de pression des jambes, pas d’aide vocale pour faire démarrer l’animal, il suffit d’écarter les pieds des flancs et de donner une impulsion vers l’avant pour qu’il augmente sa vitesse ; pour le reste tout se fait par le contact des rênes sur l’encolure (rêne d’appui uniquement). Pas évident au début, puis on s’adapte ! Nous avons fait notre balade au milieu de la forêt et des prairies, croisant les bovins paisibles, les cochons semi sauvages, écoutant les nombreux bruits émis par les habitants des bois. Eric et Walter, juchés sur leur moto, nous ont vite rattrapées. A la 2ème ferme, nous sommes accueillis par Valentin et son épouse qui nous offrent aussitôt un jus de pomelos. Le temps d’examiner de plus près les infrastructures du « puesto » et nous repartons vers San Pancho, cette fois avec un cavalier de plus. Eric fait le chemin de retour sur un joli petit criollo et préfère sans conteste être sur le dos du cheval que sur la selle de la moto. Nous traversons les flaques d’eau qui parsèment le chemin nous arrosant les uns les autres de boue grise et collante ; les chevaux allongent le pas et nous voici au petit galop sur les aires planes, il faut juste faire attention aux éventuelles branches basses qui débordent en plein milieu. Nous quittons la propriété en fin de soirée après avoir remercié nos hôtes et en les assurant de notre venue pour le lendemain munis de notre paquetage. Celia, la mère, et sa petite fille nous accompagnent à Trinidad. Nous les reprendrons demain matin vers 9H00.
Ce matin, Titine fait un caprice. Eric part à la première heure pour la faire réparer. L’heure tourne. Notre rendez-vous avec les Dueños est plutôt compromis. Au bout de 3 heures, Eric revient enfin, Titine est prête. Nous récupérons la mère Molina chez elle et sans attendre partons en direction de Sachojere, Walter nous suit ou nous précède sur la route assis sur sa moto jaune. A 15 km de l’arrivée, le deux roues amarillo laisse son propriétaire en rade. Décidément les caprices mécaniques se succèdent aujourd’hui ! Malgré la surcharge de bagages, de vivres et de poids (… pas les nôtres !), nous embarquons Walter… Camille s’installe sur mes genoux, Célia se colle à nous sur la banquette arrière déjà encombrée à moitié par le chargement. Walter prend place à l’avant du véhicule, tout l’attirail qu’il transportait sur sa moto échoue sur ses genoux et dans les moindres recoins encore libres de la voiture. Sardines en boîte dites-vous ? Oui, on peut voir ça ainsi, sachant que certains des poissons ont plus la taille du thon et les autres de petits anchois du midi ! La route cahoteuse nous mène enfin à la propriété et comme promis nous nous installons à San Francisco. Toute la petite population restée sur place nous aide à décharger le coffre et le siège arrière. Nous nous dirigeons vers nos « appartements »… J’en appelle au grand Victor, celui sans qui la misère n’aurait jamais été aussi bien décrite, Cosette entra dans ce qui allait lui servir de chambre, vit la paillasse sur laquelle elle dormirait et aperçut au dehors l’agencement de planches de bois surmontées d’une réserve d’eau qui serait sa salle de bain, partagée entre tous les membres de la maisonnée. Pas de meubles, juste deux lits (oubliez vos montants en bois précieux ou matières dernier cri aux couleurs synthétiques) faits de planches clouées en forme de cadre permettant à des lattes de bois de servir de sommier. Le matelas, une fine épaisseur de coton dont l’usure est telle que par endroits on sent des boulettes de matière et ailleurs on caresse les lattes en bois… Bon, pour 2 nuits il faudra faire un effort. Les draps paraissent propres… quoi…on se rassure comme on peut !!! Nous passons la journée entre les différentes parties de la ferme. Nous allons au bord de la rivière pour observer les caïmans se dorant la pilule au soleil, nous assistons à la distribution de la pitance aux animaux de la ferme. Un étrange ballet s’opère autour de nous : aux différents appels les catégories d’animaux concernés arrivent en courant (patpatpat pour appeler les canards et les gallinacés, couchicouchi pour les cochons). Se mêlent à cette ronde alimentaire les chatons, chiens, tentatives des brebis arrêtées par le fil de fer qui entoure la zone habitable. Sans oublier dans cette journée, comme dans les suivantes, les innombrables pauses roboratives… Nous ne demandons pas notre reste quand le soir venu nous allons nous coucher. C’est là que l’on comprend mieux la différence entre se coucher et dormir. Je ne savais pas que les os de la cage thoracique étaient aussi pointus ! Que ceux des hanches interdisaient la position latérale sous peine de rouler, de blesser, d’être très inconfortable. Je repensais alors au conte pour enfants « la princesse au petit pois », sauf que moi j’étais allongée sur les ouvre-boîtes pour conserves de petits pois… Nuit plus que difficile pendant laquelle nous avons eu très froid, pas de couverture juste un drap ! J’ai réussi à dégoter nos serviettes de toilette, des pulls et nous faire un nid un peu plus chaud. En nous levant, la maison est déjà en activité. Célia nous sert du thé, du café, du lait frais. Nous rejoignons le corral où la traite des vaches est en cours ; musclée avec certaines récalcitrantes qui jouent des sabots et de la queue, plus cool avec les bêtes plus âgées. Une jeunette est attrapée au lasso et mise au sol, ses mamelles sont tellement gorgées de lait que son veau de quelques heures n’arrivent pas à téter ; le vaquero désengorge le tout à la main et relâche la bête en prenant ses distances afin d’éviter un éventuel coup de pied, de cornes ou de queue ! Il est 10h00 quand la troupe revient à la maison pour le petit déjeuner composé de viande, de soupe ou de poissons. Après la pause bouffe chacun retourne à ses occupations. Le travail consiste à vacciner les vaches, surveiller les nouveaux nés, couper du bois pour faire chauffer le four en briques, faire la vaisselle, ramasser des fruits, préparer le repas du midi, balayer la maison, faire un brin de toilette. C’est comme chez nous sauf que tout se fait à un rythme « lentissime » et sans aucune modernité. Pour mes copines qui adorent le confort de leur cuisine ultra moderne, je vous explique comment apprécier encore plus votre équipement High Tech : évier dans la cour, au milieu des poules, sous un arbre, pas d’eau courante, il faut remplir des seaux et les déverser dans l’évier pour faire la vaisselle, pas de lave-linge, une pirogue et un battoir, un bout de savon et la force des bras pour frotter (séquence émotion Mère Denis !) au bord de la rivière bien entendu, avec les piranhas (gentils) et les crocos (gentils aussi disent-ils….pourquoi ai-je des doutes ???), pour étendre le linge, essoré à la force du poignet là aussi, des fils en métal et les traditionnels et incontournables fils barbelés (le linge ne s’échappe pas mais il a tendance à prendre l’aspect de gruyère à trous rouillés…). Pas d’électricité non plus dans la journée, le groupe électrogène est allumé le soir à la tombée de la nuit quand il est temps de voir clair dans la maison. De micro-ondes point non plus, le four est une construction de briques en forme de dôme avec deux ouvertures à chaque extrémité que l’on referme par des plaques de métal, donc pour la gestion du thermostat il faut penser à laisser refroidir le four si on ne veut pas cramer son dîner ! Pour la cuisson d’un cochon de lait comptez 4 heures. Plus les deux heures de « préchauffage ». Faut pas avoir des invités de dernière minute !!! quoique dans ce cas, il suffit de distribuer sournoisement du maïs au milieu des volailles et de choper la poule ou le canard choisi pour passer à la casserole, couic, plumé, vidé et cuisiné dans l’heure. Les amateurs de Mac Do seraient déçus de la diligence des serveurs en revanche les aficionados de la bonne croque se régalent de la qualité de la volaille. Visiter la cuisine des dépendances, c’est un peu comme faire un bond en arrière de plusieurs décennies. Les marmites et poêles se jouxtent sur l’ardeur du feu de bois, les fonds et côtés sont noircis par la suie accumulée, une fumée âcre sort de la pièce pourtant ouverte, une table en bois sert de plan de travail où les poules viennent voler les menus morceaux de tout ce qui les intéressent puis sautent en caquetant, fières de leur prise illégale, où les chatons chipent qui un morceau de peau, de tendon, de viande, qui une arête ou une nageoire de poisson. Les marmites glougloutent tranquillement, les légumes rissolent dans un frémissement qui excite les oreilles, les narines et les papilles. Les services sanitaires et vétérinaires s’arracheraient les cheveux à la simple vue de la pièce ! Dans la maison seule une plaque de 2 feux à gaz, une table-plan de travail en bois et la table des repas. Le garde-manger a une particularité assez étrange : cette pièce est fermée par une porte donnant sur la cuisine et par une fenêtre avec moustiquaire donnant sur la cour, toute la nourriture est stockée sur une table haute en bois dont les pieds trempent dans des bacs remplis d’huile dans le seul but de noyer les éventuels voleurs escaladeurs de pieds de table. Le frigo est utilisé pour entreposer les boissons et légumes frais, un peu de viande crue. Tout le reste de la nourriture n’est pas conservé au frais. J’ai même vu le reste de cochon de lait cuit au four emballé dans un torchon (propre !! pffff !!) et déposé sur la table pendant la nuit. Je ne jouerais pas à ce jeu-là chez nous ! Une ½ journée hors du frigo et c’est avarié ! Le fin du fin c’est la salle de bain. Je vous expliquais plus haut l’allure qu’a la douche, mais c’est encore pire quand on est dedans. Donc, pour faire simple, vous clouez des planches ensemble afin d’obtenir une cabine carrée de 1,5 m de côté, avec parfois un espace entre les planches(…),vous posez une palette en bois au sol, un porte savon, deux clous pour accrocher sa serviette et ses vêtements, une pomme de douche d’avant-guerre, un robinet (bah oui il n’y a pas d’eau chaude !), la porte ferme par un crochet, au-dessus de votre tête vous pouvez admirer un réservoir de 500 L installé sur une plate forme ressemblant à un derrick (pas l’inspecteur, il est trop lent). Le moment de la douche est très …convivial ! De votre cabine de lavage vous pouvez taper la discut’ avec les potes assis sous l’arbre, regarder la basse-cour se promener, sentir les odeurs de bouffe qui mijote, partager ce moment intime qu’est l’heure du bain, quoi ! Alors je me suis dit que le mieux est d’attendre le début de soirée car il fait nuit et que les yeux avoisinants seraient bien en peine de distinguer un morceau ou un autre de mon anatomie. Joker ! Perdu… le soir, le groupe électrogène alimente aussi la lumière de la douche automatiquement ! Lors de ma 1ère tentative, quelle n’a pas été ma surprise de voir que mon fan club d’un nouveau genre me faisait une haie d’honneur : 4 chevaux (pas la vieille guimbarde, non) broutaient délicatement autour du réduit en bois précieux ! Bref, si tu veux te laver, faut pas être trop pudique ! La solution du rio est pas mal, sauf les jours de grande lessive, les jours de grand froid (les campesinos nous ont avoué qu’avec la dernière vague de froid, ils sont restés 3 jours sans se doucher, juste des toilettes de chat avec bassine et eau chaude de la bouilloire). En parlant des toilettes… ferme moderne rime avec chiotte et chasse d’eau à chaîne. Une habitude à prendre : vérifier qu’il y a bien du papier avant de s’enfermer dans le cagibi à pipi. Sinon, il faut beugler à travers la cour pour qu’une bonne âme vous apporte le papier salvateur, généralisant ainsi l’information du bon fonctionnement de votre transit intestinal. Complément d’information pour les gens qui n’ont jamais voyagé en Amérique du sud : dans tous les « baños » une poubelle est mise à votre disposition pour jeter le papier usagé qu’il ne faut pas évacuer par la cuvette avec le cadeau que vous venez de déposer. Vous comprendrez l’importance de l’entretien quotidien de ce lieu de recueillement personnel et partagé. Vous voyez aisément qu’on est loin des Resort de la côte est de la République Dominicaine !!!! Au début, je me suis rassurée en me disant que cela ne durerait que 2 jours, mais, car avec Eric il y a toujours des surprises de dernière minute, j’ai dû faire contre mauvaise fortune bon cœur…nous sommes restés 5 nuits et 6 jours ! Je ne rêvais que de 2 choses : un lit et une douche chaude. Heureusement, nous avons pu monter à cheval plusieurs fois, faire des balades magnifiques dans un cadre de rêve. Partir le matin après le petit déjeuner (celui de 10h !!) et faire une incursion dans les parties reculées de la propriété, découvrir une ancienne loma (colline artificielle faite il y a fort longtemps par les habitants des lieux afin de se protéger des inondations, on retrouve encore des fragments de terre cuite qui ont servis à l’érection de la dite loma (et non je ne parle pas de choses réservées aux personnes majeures !). Nous avons découvert avec émerveillement le lieu où vivait, une cinquantaine d’années auparavant, une petite communauté. Des caféiers, cacaoyers, agrumes, sont les survivants de cette époque. Notre hôte Walter nous a expliqué qu’il était né sur cette terre et que son cordon ombilical était enterré ici comme le veut la coutume locale. Il a vécu avec sa mère dans cette partie assez éloignée de l’estancia jusqu’à ses 8 ans environ ; sa maman avait pris en charge l’instruction des enfants de la communauté et elle faisait classe grâce a un morceau de tableau et à bout de craie. Nous avons poursuivi notre promenade au milieu des pâturages et des bois, alternant chaleur des espaces d’herbes hautes et douce fraîcheur à l’ombre des ramages des sous bois, lumière crue des prairies et pénombre des forêts où nul ne vient se perdre habituellement. A travers bois il faut se frayer un passage au coupe-coupe, éviter de se fracasser un genou contre un tronc d’arbuste quand le cheval manœuvre dans le labyrinthe végétal, faire attention aussi aux « hormigas del diablo » qui s’apparentent à ce que nous trouvons chez nous dans le bois canon mais qui piquent comme les fourmis rouges, esquiver les branches bourrées d’épines qui jouent à vous attraper le chapeau ou la casquette. Depuis notre départ de la ferme, 4 chiens nous accompagnent. Ils prennent la tête du convoi lorsque on est dans les bois, s’éparpillant, à la recherche de la bonne odeur susceptible de rapporter gros, dès qu’on aborde les prairies de « pasto alto » (herbes très hautes qui nous arrivent parfois jusqu’aux genoux quand on est à cheval) ils se mettent à l’arrière de la troupe afin de bénéficier de l’ouverture faite par le poitrail des chevaux et du piétinement de l’herbe. Après plus de trois heures et demie de visite guidée, nous sommes rentrés à la ferme où le cochon de lait nous attendait. La peau la plus croustillante que j’aie jamais mangée, la viande la plus savoureuse que j’aie jamais goûtée, un délice, un régal, divin…. Après cela, on en oublierait presque la planche de fakir qui sert de couche !!!! A la fin de notre séjour, nous sommes partis à contrecœur. Mais, Santa Cruz nous attendait pour essayer de trouver une solution pour devenir propriétaires. C’était bien le but de notre voyage, non ? Même Titine nous a joué un sale tour : sur le chemin menant de San Francisco à Sachojere, elle a tout bonnement décidé de faire la grève de l’embrayage. Nous avons rebroussé chemin pour tenter de réparer l’enquiquineuse vomisseuse de liquide vital à l’abri du vent, du froid et de la pluie qui a commencé de tomber le matin de bonne heure. Là encore nous avons cru ne plus pouvoir repartir. Aucune vitesse ne passait. Eric a réussi a démarré en première puis à passer la seconde en force. Arrivés à la cuvette qui monte vers le portail de SF, il me dit de sauter de la voiture en marche, de courir au portail, d’en ouvrir les deux battants en un temps record pour ne pas caler en cas de ralentissement. Personne ne m’avait dit qu’il allait y avoir sport aujourd’hui et comme toute bonne citadine retournant vers la civilisation, j’étais chaussée de mes petites mules de cuir à talons… Vous imaginez la scène… Prise d’un fou-rire au moment de sauter de la voiture, me voyant trottiner comme une grosse souris ridicule, pataugeant dans la terre humide, perdant à moitié mes chaussures retenues par la boue, une envie de faire pipi m’assaillit tout à coup, redoublant par la même mon rire idiot. Et j’entendais Eric qui me disait « vite, dépêche-toi, je ne dois pas m’arrêter !!! ». Plus il me parlait, plus je riais comme une dinde ! On aurait dit la caméra cachée. Le pire c’est que le portail doit être refermé aussitôt pour éviter les fuites de bétail. Je voyais la voiture qui avançait pendant que je rabattais les deux vantaux de bois. Rien que l’idée de courir derrière la bagnole me donnait encore plus envie de rire !!! Une fois à la ferme, une deuxième barrière (de barbelés) reste à franchir… Ouf ! Ils ne l’avaient pas encore remise en place, j’ai pu éviter de courir comme une conne devant un parterre de sympathisants misogynes. Bilan : deux godasses en piteux état, une envie de pipi passée à l’as parce qu’il fait trop froid pour baisser son pantalon, un Eric mouillé par la bruine bretonno-beninense, et juste un boulon à resserrer, un complément de liquide dans la tuyauterie de la vilaine caisse à savon avant de repartir. Plus de peur que de mal, une heure de retard sur l’horaire. Ce n’est pas rien quand on sait qu’il y a 550 km à se farcir à 70km/h…. Nous avons à nouveau pris congé de nos hôtes et sommes arrivés à la capitale en début de soirée, plongeant dans l’univers bruyant et mouvant de la vie citadine.
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