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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 00:42

Une petite journée qui s’annonce bien. Hier nous somme allés à la « migración » pour faire prolonger nos titres de séjour et aujourd’hui nous retournons à la douane pour que Titine soit en règle. Je dis retournons car nous y sommes passé hier mais l’agent responsable n’était pas là. Donc vers 10H comme convenu, nous nous présentons dans un bureau où des tas de gens entrent, sortent au gré de leur bonne bouille, passent dans les bureaux à l’arrière par une porte gardée par un vigile. Nous attendons patiemment notre tour sans comprendre à qui est le tour ! Tiens ! On l’a déjà vu hier celui-là ! Et celui-ci aussi ! visiblement nous sommes tous dans la même galère administrative. 11H30 à ma montre Seiko à quartz, la charmante douanière ( pit-bull avec du rouge à lèvre) nous appelle de derrière son bureau et nous demande de revenir cet après-midi dès 14H00. Si c’est pas du foutage de gueule… Il faut savoir que la douane est située à la sortie de cette grande ville (1,5 million d’habitants tout de même !) et qu’il va falloir tout retraverser dans peu de temps. Nous nous vengeons en allant manger un morceau. Les deux coups de 14h sonnent, la douane nous sommes encore dans vos services ! Toujours les mêmes têtes ! Toujours ce ballet incessant de gens qui entrent et qui sortent forçant parfois la petite porte. Vers 15H15, Freddy (son nom est inscrit sur le badge !) nous reçoit debout dans le couloir pour nous dire qu’il a besoin de voir le passeport d’Eric, que notre demande a été refusée car la photocopie n’est pas suffisamment lisible, qu’on voit mal le tampon de prolongation… je sens le sang me monter à la tête. Bon, il admet qu’en refaisant une copie ça pourra aller, il veut maintenant voir le véhicule et vérifier ses numéros. 5 minutes pas plus. Il nous abandonne encore dans le couloir et revient nous expliquer que…faudrait qu’on revienne demain, que la secrétaire (Mme Pit-bull) n’a pas transmis le dossier au bon moment, qu’il fallait passer par le chef de l’autre côté du bâtiment, bref je vois le coup gros comme un gratte-ciel : revenir demain ! Non !!! Je lui explique que nous devons partir demain matin de très bonne heure, que nous revenons pour la 3ème fois et que ce n’est pas très cool de nous faire attendre comme ça. Il en réfère à son chef, revient vers nous et nous demande de bien vouloir patienter encore 20 minutes le temps de taper le document. On ne doit pas avoir la même notion du temps…Il est 16H passées quand il nous tend le laissez-passer de Titine. Il a dû taper son rapport à un doigt, tout en sirotant un coca-cola accompagné d’un empanada ! Nous retournons à l’hôtel fatigués de n’avoir rien fait. Que de temps perdu ! Ce soir on se fait plaisir, on va manger une petite salade de jambon serrano produit dans la région, de fromage exquis et de figues sèches. Pendant le repas nous discutons de notre départ demain matin vers Trinidad quand notre ami Ukrainien Dimitri nous appelle, au départ pour l’affaire de la propriété, puis à l’annonce de notre levée de camp il nous met en garde : un blocage des routes risque fort d’avoir lieu vers Guarayos, les indigènes se rebellent contre l’achat des terres des ancêtres par de gros investisseurs (des milliers d’hectares pour des millions de dollars) qui appauvrissent le peuple en leur retirant leur gagne pain. Mauvais plan ! Guarayos n’est qu’à 200 km de l’arrivée et pour rebrousser chemin il faut du carburant qu’il n’y a pas partout tout le temps ! ca fait ni une ni deux dans la caboche du futur ganadero. On fait les valises et on roule cette nuit ! Camille et moi le regardons, interloquées. Après la journée de merde de ce mardi tu veux vraiment prendre la route ? Oui. On rentre à l’hôtel, je boucle les valises, la remorque est en position derrière Titine, nous remercions le personnel et zou ! Il est 22H45 quand nous démarrons. Je tombe de sommeil. Un petit roupillon enroulée dans ma veste 100% pure laine d’alpaga me redonnera un peu la pêche. Vers 3H30, Eric me sort de ma torpeur et me demande de prendre le relais. Oh là là… ça me rappelle vaguement quelque chose ! Je crois qu’il n’y a pas de hibou dans ma famille (des vieilles chouettes surement !) dommage ! Loin d’être un animal nocturne, la Youna vulgaris possède néanmoins une faculté d’agrandissement de l’œil et une dilatation extrême de la pupille. Et que je baille, et que je regarde partout pour éviter les trous, et que je me chante des chansons dans ma tête pour m’occuper, et que je transpire quand une paire de phares vient à ma rencontre. Non, décidément, la Youna vulgaris n’a rien à faire dehors à une heure aussi tardive. Quel soulagement vers 5 heures du matin quand Eric reprend le volant. Je me redors aussi sec. Il paraît même que peu de temps après il a fait un brin de cosette avec Camille momentanément sortie de son coma ! Je rouvre les yeux une cinquantaine de km avant la ville. Le soleil se lève à peine augurant une belle journée pleine de promesses. Nous sentons alors que nos estomacs manifestent leur besoin naturel de se remplir. Heureusement que nous avions fait des achats à santa Cruz et les yaourts à boire sont les bienvenus, les biscuits passent tout seuls, les jus de fruits descendent sans peine. Trinidad se réveille à peine quand nous arrivons sur la place centrale. L’activité est au ralenti en ce mercredi matin ; le seul endroit ouvert n’est pas du meilleur goût, son café non plus ! Que dire du jus d’orange Tang aux saveurs prononcées de liquide vaisselle (moumoune). Dégueux ! Nous repartons sans attendre en quête d’un lieu pour dormir ce soir, prendre une douche pour enlever les derniers stigmates d’une nuit sans sommeil. On ne cherche pas de 4 étoiles, il n’y en a pas ! On se contente d’une chambre sans fioriture, sans petit déjeuner, ni internet ! Si tu veux la clim c’est 100 bolivianos de plus ! On se contente du ventilo, de toute façon on est loin des grosses chaleurs, c’est l’hiver. Après un repos d’une heure, nous allons grignoter dans le resto bar que nous connaissons. Nous avons fait les petites annonces et les agences immobilières pour dégoter un petit chez-soi. Mauvaise période : les cours à l’université ont repris lundi et les locations sont quasi inexistantes. Nous allons voir un agent qui nous propose une maison … en construction ! prête dans un mois, dit-il. Il doit nous rappeler dès qu’il aura trouvé quelque chose d’autre. Un particulier nous donne l’adresse d’un appartement. Nous arrivons au pied d’une construction semi achevée avec des fers à béton pointés vers le ciel, un escalier qui mène d’une terrasse (béton) à un nouvel escalier donnant sur une porte résolument close et  personne pour nous renseigner. Deuxième tentative téléphonique : une dame nous donne rendez-vous demain pour visiter un meublé. On verra bien. Notre journée continue calmement, une sieste, un peu de télé pour nous imprégner de la langue officielle du pays, une balade en ville à l’heure où une rupture de courant généralisée fait retomber dans le calme la population tout juste sortie de sa sieste. Nous dînons d’une punta de S avant de sombrer dans le sommeil nocturne tant attendu depuis hier.

Petit déjeuner à la Casona, visite à notre agent immobilier qui n’est pas là (pourquoi donner rendez-vous alors ?), lecture des petites annonces (qui n’ont pas évolué depuis hier), premier contact avec l’association des ganaderos de Trinidad, connexion internet dans un cybercafé pour constater que personne n’est en ligne ou ne répond, que les messages se font rares, puis visite du meublé. Petite maison de ville située à 3 pas de la place principale, deux chambres climatisées, un séjour salle à manger, télé avec câble, une cuisine, une salle de bain, une terrasse intérieure avec churrascaria, une lavenderia (sauf que le lave-linge est en panne), une courette pour étendre le linge munie de son lavoir... La grille d’entrée jouxte une banque surveillée 24h/24 par un garde.  Pas d’hésitation, on ne trouvera pas ailleurs et maintenant un logement équivalent. Nous signons l’après-midi même. Deux heures plus tard, nous vidons la chambre d’hôtel et emménageons dans notre palace. Meublé mais pas tout équipé : pas de vaisselle ! La dame nous propose d’aller en chercher chez elle. Nous refusons et allons dans les bazars du coin pour nous équiper. Le strict minimum pour commencer et qui de toute manière sera utile pour aller s’installer dans la propriété. Comme des jeunes mariés, nous faisons le choix des tasses (12), assiettes(12 + 12), carafe, verres (12), couverts (4 X 12 -Tramontina exclusivement), bouilloire à sifflet (comme chez les british), cafetière italienne, passette à thé (so british again), boîtes plastique, panière à linge, égouttoir à vaisselle, pot à couverts, bassine, balais, chiffon, éponge et produits d’entretien. Camille est super contente de choisir avec nous ce qui pour elle est plus un jeu de dînette qu’autre chose. Quand je pense à ce que cela nous a coûté, je rigole ! Avec le total des achats on ne peut pas s’offrir mieux qu’une douzaine d’assiettes et de couverts chez nous ! Nous sortons de la remorque la malle renfermant le linge de maison et prenons draps, serviettes de bain, torchons à vaisselle. Bon…il y a un peu de poussière qui s’est introduite sur le linge de dessus, mais en dessous c’est propre. Ce soir les lits sauront l’odeur de la maison. Camille en a fait la réflexion dès que nous avons fait le sien : « Oh, maman ça sent comme à Stoupan ! ». Une fois encore, Proust nous nargue avec sa madeleine. Pour fêter ça, nous allons nous remplir la panse dans un endroit que m’avait indiqué un des jeunes qui était à San Francisco lors de notre premier séjour. Il m’avait vaguement fait un plan dans le sable, m’avait donné le nom que je n’avais pas fait l’effort de retenir sachant que je repartais le lendemain sur Santa Cruz. Mais quand il s’agit de bonne viande à se mettre sous la dent la mémoire revient vite ! Près d’une placette, une dizaine de petits coins pour manger se touchent. Aucun nom ne fait tilt dans mon cerveau. On tourne un peu dans les alentours. Dans une rue sombre, calme, où les motos se croisent nonchalamment, une enseigne lumineuse crie son nom « Pacumutu Trinitario ». TILT ! Un portail bancale ouvre sur une cour emplie de motos faisant ressembler le lieu à un garage de réparation, au fond on distingue de la lumière assez faible, des tables recouvertes de nappes rouges, de la fumée vient caresser nos narines laissant sur son passage le doux fumet des grillades de bœuf. Un petit carbet au toit de palmes abrite les convives venus en famille. Pas de touristes à l’horizon. (Lonely Planet a sans doute eu peur de la noirceur des lieux !). Un gamin d’une dizaine d’années vient à notre rencontre, ici c’est menu unique pour 30 bolivianos par personne. Quand nous avons découvert le plat de barbaque qu’il nous a servi, on a regretté d’avoir commandé pour trois ! On aurait largement pu inviter 2 ou 3 personnes de plus ! Le filet de bœuf saignant à souhait devait dépasser les 1,5 kg, le riz au fromage (une assiette à soupe pleine à ras bord), les yuccas frits (manioc) et la salade de tomates aux oignons émincés (un beau saladier) constituait le repas pour nous trois. Repas de roi pour 9 euros en tout… La famille à côté de nous (20 personnes dont quelques enfants) n’a pas commandé plus de 6 plats et est repartie avec son doggy bag. C’est pour dire ! Le ventre plein nous regagnons notre nouveau « chez nous ». Il est temps de se glisser dans NOS draps et de se laisser aller au gré du sommeil. Avez-vous déjà eu le mal de mer ? Ou avez-vous déjà frôlé le vomitou en vous couchant de retour d’une soirée trop arrosée, faisant danser le plafond au-dessus de vous avec cette terrible sensation que vous n’êtes pas maître de la situation ? Un petit mélange de tout cela et vous imaginez facilement ce que c’est que se coucher dans un lit qui réagit à chaque mouvement que fait votre co-dormeur ! Surtout quand il fait 25 kg de plus que vous !!! Pour couronner le tout, un vilain moustique a titillé Eric toute la nuit l’obligeant à se défendre à grand renfort de gesticulations brusques et à se lever pour allumer la clim. Bref ! J’ai super bien dormi !!! J’en ai encore la nausée…

Petit déjeuner à la maison. Qui aurait cru que le matin à 8h45 une indienne viendrait vendre ses jus d’oranges pressées devant le pas de notre porte ! Eric est sorti, carafe en main et lui a demandé de nous donner notre dose de vitamines en direct live, pour 1 euro et des miettes vous avez le top du jus de fruits ! Plus tard nous sommes allés chercher la remorque pour l’amener dans notre future propriété (Saint Machin priez pour nous !). Nous avons embarqué Walter et sa petite dernière Yblin qui a le même âge que Camille. Nous nous sommes rendus sur la 2ème ferme où travaillait Valentin, notre futur employé (Saint Machin…) et sa femme. Il s’activait à appliquer de l’antiseptique sur les nombrils des nouveaux nés, son aide repoussait les mères inquiètes et furieuses qui tentaient de se glisser entre le cheval et le soigneur pour mieux protéger leur progéniture. On aurait pu arriver plus tôt pour voir le travail si Eric n’avait fait son malin…Le chemin boueux que nous avions parcouru à cheval il y a quelques semaines est parfaitement sec et praticable en voiture sauf à un endroit…Walter lui a indiqué de prendre sur la droite, mais toujours plus fort que tout le monde, monsieur Je-Sais-Tout n’a pas écouté les recommandations et est allé droit vers l’embourbement assuré. Pas loupé ! Nous voilà au milieu d’un bourbier profond et collant. La position 4X4 ne sert à rien. Les branches sous les roues non plus. Il ne reste qu’une solution : pousser et utiliser  le balancement de la caisse pour sortir de l’ornière. La sueur perle sur le front des deux hommes (il faut dire que notre ami Walter pèse son quintal passé), moi je manœuvre Titine qui s’amuse comme une petite folle de ce nouveau jeu. Enfin sortie, profitant pleinement de ce bain de boue inopiné, elle reprend le chemin de terre solide et grise. Au retour nous sommes retenus pour la collation du soir : une assiette de locro (soupe traditionnelle de légumes et de morceaux de viande). Nous remercions la maisonnée avant de reprendre la route de Trini, dans la nuit noire et pleine de poussière soulevée par les véhicules nous précédant. Une halte aux baraques à bouffe (pas les baraques à frites du Nord mais pas loin !) et direction la maison. Camille, qui a joué avec sa copine bolivienne et a communiqué en castillan (!!! Des progrès énormes !!!), est exténuée, elle va de la voiture à son lit sans passer par la case repas. Le marchand de sable y est allé fort ce soir puisqu’il n’est que 20H30 ! Demain on ne doit pas oublier de se lever car le plombier vient réparer la chasse d’eau qui coule en permanence… vague impression de déjà vu lors de ce séjour…

Par Youna
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 00:41

Cette quinzaine de jours en ville ne sont pas très passionnants. Nous avons beaucoup circulé dans la ville à la recherche des prix du matériel qu’il nous faudra acquérir : réserve d’eau, téléphonie pour les zones rurales, motos, tronçonneuses, débroussailleuses, frigos à gaz, panneaux solaires, et tutti quanti. Les rendez-vous avec les vendeurs se sont succédés. Il n’est pas toujours aisé de faire comprendre que la signature d’un contrat de vente ne se fait pas à la légère. Nous sommes passés pour des emmerdeurs en demandant des garanties sur l’achat de la propriété. Ici, rien ne ressemble à ce que nous connaissons dans notre France très rigoureuse en matière d’achat et de vente. Tout d’abord on ne signe pas devant un notaire mais c’est un contrat privé  qui est ensuite enregistré par un office notarial légalisant ainsi les signatures. Les subtilités de propriété sont telles que l’on peut acheter une terre sans en être propriétaire (donc méfiance !). On peut être possesseur de cette terre, y vivre, la faire « fonctionner », en avoir la jouissance totale sans pour autant en être le propriétaire. Il faut être vigilant sur la teneur des papiers présentés par les « propriétaires » qui peuvent très bien ne pas l’être !!!! (vous me suivez ???) Nous avons consulté notre avocat. Au fur et à mesure de nos rencontres, nous avons eu du mal à comprendre ses positions. Ou plutôt nous commençons à entrevoir le loup qui se cachait dans la bergerie. Il y a quelques mois, il était assez confiant sur la qualité des papiers présentés par les proprios. Puis son discours est devenu plus sec, nous recommandant méfiance, il nous a mis en garde contre le fait qu’on pouvait se faire entuber profondément sans aucun recours. D’autre part, nos vendeurs nous assuraient la légalité et l’authenticité des papiers. Ce qui nous rassure aussi c’est que le fils du vendeur, qui se charge de la vente, est une personne très importante à Santa Cruz car il est juge (vocal pour les connaisseurs en matière de droit bolivien, ce qui revient à quelque chose équivalent à juge de la cour de cassation, un truc dans le genre…) et que ce monsieur serait radié en cas de poursuite au pénal ou au civil. Je ne crois donc pas qu’il s’amuserait à jouer ce jeu dangereux pour les beaux yeux de ses parents ! Nous sommes allés consulter d’autres avocats, plus culs bénis que la moyenne nous demandant si on croyait en dieu et tout le toutim, toujours prêts à vous vendre une autre propriété que celle pour laquelle vous leur demandez des conseils. Puis au détour de nos balades, nous nous sommes décidés à faire un tour au consulat de France. Mais pourquoi n’y sommes-nous pas allés avant ???.........             

Très bien reçus par une secrétaire parlant bien notre langue, c’est déjà un soulagement, elle nous a donné l’adresse de l’école française de la ville. Je souhaitais rencontrer le directeur pour en savoir plus sur le boulot au sein de cette école et les modalités d’inscription pour Camille. Nous lui avons posé la question à deux pesos concernant la nationalisation de notre Titine. Aussitôt elle a attrapé son téléphone et nous a mis en contact avec Nelson, président de la chambre de commerce de la ville et intermédiaire pour le consul (absent en ce moment). Les gris-gris d’Isa commencent enfin à agir car ce cher Nelson est aussi avocat ! Eric a pu lui parler directement du bureau du consulat et a obtenu un rendez-vous dans les meilleurs délais avec lui. Lors de notre première rencontre nous avons trouvé un homme sympathique, souriant et parlant français quasiment sans accent. Nous lui avons exposé nos inquiétudes quant aux risques d’acheter cette propriété. Un coup de téléphone plus tard, nous avions un rendez-vous avec son copain Carlos, avocat spécialisé dans ce genre de transaction et ayant des connaissances au service de nationalisation des véhicules ! Nous avons été reçus par un grand gaillard, plutôt  blond (rare chez les boliviens !), ne parlant pas un mot de français mais sachant se faire comprendre et attentif au contenu de mon baragouinage. Dans un grand sourire, il nous a demandé de réunir le maximum de papiers concernant la terre (promise… non, ça y est on a été contaminé par les avocats prêcheurs !!!) et nous a bien dit qu’il ne nous donnerait une réponse que lorsqu’il aura fait toutes les démarches utiles pour vérifier l’authenticité des papiers. Ensuite seulement il étudiera le contrat rédigé par notre juge-vendeur puis nous donnera le feu vert si tout est en ordre, augmentant ainsi les garanties de non arnaque ! Pourquoi notre ancien avocat n’a jamais commencé ces démarches ? Pourquoi n’a-t’il jamais cherché ce qu’il fallait pour faire avancer les choses ? Réponse : nous pensons que la commission qu’il a négociée auprès des  vendeurs était trop grosse et que sa politique a été de saborder l’affaire parce qu’il n’y trouvait pas son compte ! Il n’empêche que si ce travail avait été fait en décembre dernier, que les papiers sortent dans 15 jours et que Carlos nous donne son feu vert, nous aurons perdu près de 9 mois dans cette affaire. Ca fait beaucoup en vaches !!!!! Du coup nous avons préféré quitter la ville et repartir sur Trinidad avant que je rentre en Guyane. Avant de partir nous avons rencontré les parents du juge, qui nous ont reçus dans leur maison à la sortie de la ville. Eric a pu discuter avec le papy ( un peu dur de la feuille) et engranger un maximum d’informations concernant la propriété, les animaux en général, l’histoire de cette terre. Intarissable l’ancêtre ! Nous sommes restés 3 heures en leur compagnie, autour d’une collation (évident, non ?) à écouter toute leurs anecdotes, leurs conseils. Ils nous ont redit qu’au moindre souci, au moindre doute, il fallait les appeler, ils sont à notre entière disposition et qu’ils peuvent même faire les 250 km qui séparent leur ferme actuelle de la nôtre pour donner un coup de pouce. Des gens réellement charmants, simples et travailleurs. Ce monsieur est un véritable puits de sciences en matière d’élevage, une encyclopédie du travail de la terre. Saviez-vous qu’en fonction de la température de l’oreille d’une vache piquée par un serpent, on peut ou non lui administrer un médicament pour la sauver ? Bah ça ! Il va nous en falloir des années pour  apprendre ! Ce qui me plaît aussi chez ces personnes c’est qu’elles n’ont pas le culte du secret : un savoir ça s’offre, ça se transmet, c’est une autre manière de donner la vie. Merci à tous ceux qui partagent leurs savoirs sans en attendre rien.

Par Youna
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 00:40

Les 30 km séparant la ville de Trinidad du charmant pueblecito Sachojere sont du même tonneau que ce que nous voyons depuis le début. Il faut louvoyer entre les trous, éviter les vaches en colonie de vacances qui déambulent au milieu du chemin, fermer les fenêtres de Titine pour ne pas se surcharger en poussière. Heureusement que nous avons laissé la remorque à Sta Cruz ! Elle n’aurait pas supporté ce champ de mines supplémentaire. Toute la famille de Walter nous attend. Il est 10h et des brouettes quand nous débarquons au « puesto » (ferme). Nous sommes accueillis par Celia, la mère, et une tripatouillée de jeunes et moins jeunes, les coqs, les poules, les canards, les chatons, les cochons, les chiens, libres de leurs mouvements dans la cour de la ferme. Les petits museaux des brebis de peau (variétés de mouton sans laine) viennent aussi nous humer, les chevaux lèvent la tête, écoutent, se remettent à leur occupation préférée : la tonte des prés ! Les vaches laitières du corral observent discrètement du bord de leur œil  étonné, ourlé de grands cils, mugissent un peu puis continuent de surveiller leur veau respectif. Nous amorçons un petit tour dans les alentours en attendant le capataz (chef) prévenu par radio de notre arrivée. Il est de tradition que lorsqu’une personne débarque chez vous, une collation lui soit proposée. Nous avons accepté les jus de fruits frais offerts par la maîtresse de maison, des pomelos extra doux. Nous avons été invités à passer à table avec les membres de la famille et partager leur repas. A peine terminé, le Père est arrivé et s’est installé pour se restaurer. Nous avons discuté un moment, lui avons expliqué le but de notre déplacement. Ils connaissaient tous Eric, résident temporaire en avril dernier, mais Camille et moi n’étions allées sur la propriété que 2 fois l’an passé et juste pour faire un tour. Dans l’après-midi, 2 chevaux sont sellés, un pour Camille et un pour moi. Une selle en bois recouverte de cuir posée sur une épaisseur de couvertures (chucis), recouverte de tapis et de peaux de moutons, le tout attaché par une sangle de cuir. Les étriers de cowboy avec protection en cuir sur l’avant, des rênes courtes et terminées par une boucle comme une dragonne, un filet avec un mors de folie (les copains qui ont vu ceux ramenés par Eric imaginent la taille des engins !), le licol plus sa longe enroulée et fixée sous le pommeau de selle. Nous montons à cheval et partons vers la 2ème ferme « Tajibo liao » située à 5 km. La fille de Walter se met en croupe avec Camille et nous guide. Eric et le capataz nous suivrons à moto ; les chevaux sont trop loin à cette heure-ci pour en récupérer pour eux. Je suis donc en selle sur le cheval du patron. Les personnes qui ont déjà eu un canasson sous les fesses savent bien que changer de monture c’est comme changer de chaussures…il faut un temps d’adaptation pour s’y habituer ! Nous avons rejoint la ferme tranquillement. Pas de coups de talons, pas de pression des jambes, pas d’aide vocale pour faire démarrer l’animal, il suffit d’écarter les pieds des flancs et de donner une impulsion vers l’avant pour qu’il augmente sa vitesse ; pour le reste tout se fait par le contact des rênes sur l’encolure (rêne d’appui uniquement). Pas évident au début, puis on s’adapte ! Nous avons fait notre balade au milieu de la forêt et des prairies, croisant les bovins paisibles, les cochons semi sauvages, écoutant les nombreux bruits émis par les habitants des bois. Eric et Walter, juchés sur leur moto, nous ont vite rattrapées. A la 2ème ferme, nous sommes accueillis par Valentin et son épouse qui nous offrent aussitôt un jus de pomelos. Le temps d’examiner de plus près les infrastructures du « puesto » et nous repartons vers San Pancho, cette fois avec un cavalier de plus. Eric fait le chemin de retour sur un joli petit criollo et préfère sans conteste être sur le dos du cheval que sur la selle de la moto. Nous traversons les flaques d’eau qui parsèment le chemin nous arrosant les uns les autres de boue grise et collante ; les chevaux allongent le pas et nous voici au petit galop sur les aires planes, il faut juste faire attention aux éventuelles branches basses qui débordent en plein milieu. Nous quittons la propriété en fin de soirée après avoir remercié nos hôtes et en les assurant de notre venue pour le lendemain munis de notre paquetage. Celia, la mère, et sa petite fille nous accompagnent à Trinidad. Nous les reprendrons demain matin vers 9H00.

Ce matin, Titine fait un caprice. Eric part à la première heure pour la faire réparer. L’heure tourne. Notre rendez-vous avec les Dueños est plutôt compromis. Au bout de 3 heures, Eric revient enfin, Titine est prête. Nous récupérons la mère Molina chez elle et sans attendre partons en direction de Sachojere, Walter nous suit ou nous précède sur la route assis sur sa moto jaune. A 15 km de l’arrivée, le deux roues amarillo laisse son propriétaire en rade. Décidément les caprices mécaniques se succèdent aujourd’hui ! Malgré la surcharge de bagages, de vivres et de poids (… pas les nôtres !), nous embarquons Walter… Camille s’installe sur mes genoux, Célia se colle à nous sur la banquette arrière déjà encombrée à moitié par le chargement. Walter prend place à l’avant du véhicule, tout l’attirail qu’il transportait sur sa moto échoue sur ses genoux et dans les moindres recoins encore libres de la voiture. Sardines en boîte dites-vous ? Oui, on peut voir ça ainsi, sachant que certains des poissons ont plus la taille du thon et les autres de petits anchois du midi ! La route cahoteuse nous mène enfin à la propriété et comme promis nous nous installons à San Francisco. Toute la petite population restée sur place nous aide à décharger le coffre et le siège arrière. Nous nous dirigeons vers nos « appartements »… J’en appelle au grand Victor, celui sans qui la misère n’aurait jamais été aussi bien décrite, Cosette entra dans ce qui allait lui servir de chambre, vit la paillasse sur laquelle elle dormirait et aperçut au dehors l’agencement de planches de bois surmontées d’une réserve d’eau qui serait sa salle de bain, partagée entre tous les membres de la maisonnée. Pas de meubles, juste deux lits (oubliez vos montants en bois précieux ou matières dernier cri aux couleurs synthétiques) faits de planches clouées en forme de cadre permettant à des lattes de bois de servir de sommier. Le matelas, une fine épaisseur de coton dont l’usure est telle que par endroits on sent des boulettes de matière et ailleurs on caresse les lattes en bois… Bon, pour 2 nuits il faudra faire un effort. Les draps paraissent propres… quoi…on se rassure comme on peut !!! Nous passons la journée entre les différentes parties de la ferme. Nous allons au bord de la rivière pour observer les caïmans se dorant la pilule au soleil, nous assistons à la distribution de la pitance aux animaux de la ferme. Un étrange ballet s’opère autour de nous : aux différents appels les catégories d’animaux concernés arrivent en courant (patpatpat pour appeler les canards et les gallinacés, couchicouchi pour les cochons). Se mêlent à cette ronde alimentaire les chatons, chiens, tentatives des brebis arrêtées par le fil de fer qui entoure la zone habitable. Sans oublier dans cette journée, comme dans les suivantes, les innombrables pauses roboratives… Nous ne demandons pas notre reste quand le soir venu nous allons nous coucher. C’est là que l’on comprend mieux la différence entre se coucher et dormir. Je ne savais pas que les os de la cage thoracique étaient aussi pointus ! Que ceux des hanches interdisaient la position latérale sous peine de rouler, de blesser, d’être très inconfortable. Je repensais alors au conte pour enfants « la princesse au petit pois », sauf que moi j’étais allongée sur les ouvre-boîtes pour conserves de petits pois… Nuit plus que difficile pendant laquelle nous avons eu très froid, pas de couverture juste un drap ! J’ai réussi à dégoter nos serviettes de toilette, des pulls et nous faire un nid un peu plus chaud. En nous levant, la maison est déjà en activité. Célia nous sert du thé, du café, du lait frais. Nous rejoignons le corral où la traite des vaches est en cours ; musclée avec certaines récalcitrantes qui jouent des sabots et de la queue, plus cool avec les bêtes plus âgées. Une jeunette est attrapée au lasso et mise au sol, ses mamelles sont tellement gorgées de lait que son veau de quelques heures n’arrivent pas à téter ; le vaquero désengorge le tout à la main et relâche la bête en prenant ses distances afin d’éviter un éventuel coup de pied, de cornes ou de queue ! Il est 10h00 quand la troupe revient à la maison pour le petit déjeuner composé de viande, de soupe ou de poissons. Après la pause bouffe chacun retourne à ses occupations. Le travail consiste à vacciner les vaches, surveiller les nouveaux nés, couper du bois pour faire chauffer le four en briques, faire la vaisselle, ramasser des fruits, préparer le repas du midi, balayer la maison, faire un brin de toilette. C’est comme chez nous sauf que tout se fait à un rythme « lentissime » et sans aucune modernité. Pour mes copines qui adorent le confort de leur cuisine ultra moderne, je vous explique comment apprécier encore plus votre équipement High Tech : évier dans la cour, au milieu des poules, sous un arbre, pas d’eau courante, il faut remplir des seaux et les déverser dans l’évier pour faire la vaisselle, pas de lave-linge, une pirogue et un battoir, un bout de savon et la force des bras pour frotter (séquence émotion Mère Denis !) au bord de la rivière bien entendu, avec les piranhas (gentils) et les crocos (gentils aussi disent-ils….pourquoi ai-je des doutes ???), pour étendre le linge, essoré à la force du poignet là aussi, des fils en métal et les traditionnels et incontournables fils barbelés (le linge ne s’échappe pas mais il a tendance à prendre l’aspect de gruyère à trous rouillés…). Pas d’électricité non plus dans la journée, le groupe électrogène est allumé le soir à la tombée de la nuit quand il est temps de voir clair dans la maison. De micro-ondes point non plus, le four est une construction de briques en forme de dôme avec deux ouvertures à chaque extrémité que l’on referme par des plaques de métal, donc pour la gestion du thermostat il faut penser à laisser refroidir le four si on ne veut pas cramer son dîner ! Pour la cuisson d’un cochon de lait comptez 4 heures. Plus les deux heures de « préchauffage ». Faut pas avoir des invités de dernière minute !!! quoique dans ce cas, il suffit de distribuer sournoisement du maïs au milieu des volailles et de choper la poule ou le canard choisi pour passer à la casserole, couic, plumé, vidé et cuisiné dans l’heure. Les amateurs de Mac Do seraient déçus de la diligence des serveurs en revanche les aficionados de la bonne croque se régalent de la qualité de la volaille. Visiter la cuisine des dépendances, c’est un peu comme faire un bond en arrière de plusieurs décennies. Les marmites et poêles se jouxtent sur l’ardeur du feu de bois, les fonds et côtés sont noircis par la suie accumulée, une fumée âcre sort de la pièce pourtant ouverte, une table en bois sert de plan de travail où les poules viennent voler les menus morceaux de tout ce qui les intéressent puis sautent en caquetant, fières de leur prise illégale, où les chatons chipent qui un morceau de peau, de tendon, de viande, qui une arête ou une nageoire de poisson.  Les marmites glougloutent tranquillement, les légumes rissolent dans un frémissement qui excite les oreilles, les narines et les papilles. Les services sanitaires et vétérinaires s’arracheraient les cheveux à la simple vue de la pièce ! Dans la maison seule une plaque de 2 feux à gaz, une table-plan de travail en bois et la table des repas. Le garde-manger a une particularité assez étrange : cette pièce est fermée par une porte donnant sur la cuisine et par une fenêtre avec moustiquaire donnant sur la cour, toute la nourriture est stockée sur une table haute en bois dont les pieds trempent dans des bacs remplis d’huile dans le seul but de noyer les éventuels voleurs escaladeurs de pieds de table. Le frigo est utilisé pour entreposer les boissons et légumes frais, un peu de viande crue. Tout le reste de la nourriture n’est pas conservé au frais. J’ai même vu le reste de cochon de lait cuit au four emballé dans un torchon (propre !! pffff !!) et déposé sur la table pendant la nuit. Je ne jouerais pas à ce jeu-là chez nous ! Une ½ journée hors du frigo et c’est avarié ! Le fin du fin c’est la salle de bain. Je vous expliquais plus haut l’allure qu’a la douche, mais c’est encore pire quand on est dedans. Donc, pour faire simple, vous clouez des planches ensemble afin d’obtenir une cabine carrée de 1,5 m de côté, avec parfois un espace entre les planches(…),vous posez une palette en bois au sol, un porte savon, deux clous pour accrocher sa serviette et ses vêtements, une pomme de douche d’avant-guerre, un robinet (bah oui il n’y a pas d’eau chaude !), la porte ferme par un crochet, au-dessus de votre tête vous pouvez admirer un réservoir de 500 L installé sur une plate forme ressemblant à un derrick (pas l’inspecteur, il est trop lent). Le moment de la douche est très …convivial ! De votre cabine de lavage vous pouvez taper la discut’ avec les potes assis sous l’arbre, regarder la basse-cour se promener, sentir les odeurs de bouffe qui mijote, partager ce moment intime qu’est l’heure du bain, quoi ! Alors je me suis dit que le mieux est d’attendre le début de soirée car il fait nuit et que les yeux avoisinants seraient bien en peine de distinguer un morceau ou un autre de mon anatomie. Joker ! Perdu… le soir, le groupe électrogène alimente aussi la lumière de la douche automatiquement !  Lors de ma 1ère tentative, quelle n’a pas été ma surprise de voir que mon fan club d’un nouveau genre me faisait une haie d’honneur : 4 chevaux (pas la vieille guimbarde, non) broutaient délicatement autour  du réduit en bois précieux !  Bref, si tu veux  te laver, faut pas être trop pudique ! La solution du rio est pas mal, sauf les jours de grande lessive, les jours de grand froid (les campesinos nous ont avoué qu’avec la dernière vague de froid, ils sont restés 3 jours sans se doucher, juste des toilettes de chat avec bassine et eau chaude de la bouilloire). En parlant des toilettes… ferme moderne rime avec chiotte et chasse d’eau à chaîne. Une habitude à prendre : vérifier qu’il y a bien du papier avant de s’enfermer dans le cagibi à pipi. Sinon, il faut beugler à travers la cour pour qu’une bonne âme vous apporte le papier salvateur, généralisant ainsi l’information du bon fonctionnement de votre transit intestinal. Complément d’information pour les gens qui n’ont jamais voyagé en Amérique du sud : dans tous les « baños » une poubelle est mise à votre disposition pour jeter le papier usagé qu’il ne faut pas évacuer par la cuvette avec le cadeau que vous venez de déposer. Vous comprendrez l’importance de l’entretien quotidien de ce lieu de recueillement personnel et partagé. Vous voyez aisément qu’on est loin des Resort de la côte est de la République Dominicaine !!!! Au début, je me suis rassurée en me disant que cela ne durerait que 2 jours, mais, car avec Eric il y a toujours des surprises de dernière minute, j’ai dû faire contre mauvaise fortune bon cœur…nous sommes restés 5 nuits et 6 jours ! Je ne rêvais que de 2 choses : un lit et une douche chaude. Heureusement, nous avons pu monter à cheval plusieurs fois, faire des balades magnifiques dans un cadre de rêve. Partir le matin après le petit déjeuner (celui de 10h !!) et faire une incursion dans les parties reculées de la propriété, découvrir une ancienne loma (colline artificielle faite il y a fort longtemps par les habitants des lieux afin de se protéger des inondations, on retrouve encore des fragments de terre cuite qui ont servis à l’érection de la dite loma (et non je ne parle pas de choses réservées aux personnes majeures !). Nous avons découvert avec émerveillement le lieu où vivait, une cinquantaine d’années auparavant, une petite communauté. Des caféiers, cacaoyers, agrumes, sont les survivants de cette époque. Notre hôte Walter nous a expliqué qu’il était né sur cette terre et que son cordon ombilical était enterré ici comme le veut la coutume locale. Il a vécu avec sa mère dans cette partie assez éloignée de l’estancia jusqu’à ses 8 ans environ ; sa maman avait pris en charge l’instruction des enfants de la communauté et elle faisait classe grâce a un morceau de tableau et à bout de craie. Nous avons poursuivi notre promenade au milieu des pâturages et des bois, alternant chaleur des espaces d’herbes hautes et douce fraîcheur à l’ombre des ramages des sous bois, lumière crue des prairies et pénombre des forêts où nul ne vient se perdre habituellement. A travers bois il faut se frayer un passage au coupe-coupe, éviter de se fracasser un genou contre un tronc d’arbuste quand le cheval manœuvre dans le labyrinthe végétal, faire attention aussi aux « hormigas del diablo » qui s’apparentent à ce que nous trouvons chez nous dans le bois canon mais qui piquent comme les fourmis rouges, esquiver les branches bourrées d’épines qui jouent à vous attraper le chapeau ou la casquette. Depuis notre départ de la ferme, 4 chiens nous accompagnent. Ils prennent la tête du convoi lorsque on est dans les bois, s’éparpillant, à la recherche de la bonne odeur susceptible de rapporter gros, dès qu’on aborde les prairies de « pasto alto » (herbes très hautes qui nous arrivent parfois jusqu’aux genoux quand on est à cheval) ils se mettent à l’arrière de la troupe afin de bénéficier de l’ouverture faite par le poitrail des chevaux et du piétinement de l’herbe. Après plus de trois heures et demie de visite guidée, nous sommes rentrés à la ferme où le cochon de lait nous attendait. La peau la plus croustillante que j’aie jamais mangée, la viande la plus savoureuse que j’aie jamais goûtée, un délice, un régal, divin…. Après cela, on en oublierait presque la planche de fakir qui sert de couche !!!! A la fin de notre séjour, nous sommes partis à contrecœur. Mais, Santa Cruz nous attendait pour essayer de trouver une solution pour devenir propriétaires. C’était bien le but de notre voyage, non ? Même Titine nous a joué un sale tour : sur le chemin menant de San Francisco à Sachojere, elle a tout bonnement décidé de faire la grève de l’embrayage. Nous avons rebroussé chemin pour tenter de réparer l’enquiquineuse vomisseuse de liquide vital à l’abri du vent, du froid et de la pluie qui a commencé de tomber le matin de bonne heure. Là encore nous avons cru ne plus pouvoir repartir. Aucune vitesse ne passait. Eric a réussi a démarré en première puis à passer la seconde en force. Arrivés à la cuvette qui monte vers le portail de SF, il me dit de sauter de la voiture en marche, de courir au portail, d’en ouvrir les deux battants en un temps record pour ne pas caler en cas de ralentissement. Personne ne m’avait dit qu’il allait y avoir sport aujourd’hui et comme toute bonne citadine retournant vers la civilisation, j’étais chaussée de mes petites mules de cuir à talons… Vous imaginez la scène… Prise d’un fou-rire au moment de sauter de la voiture, me voyant trottiner comme une grosse souris ridicule, pataugeant dans la terre humide, perdant à moitié mes chaussures retenues par la boue, une envie de faire pipi m’assaillit tout à coup, redoublant par la même mon rire idiot. Et j’entendais Eric qui me disait « vite, dépêche-toi, je ne dois pas m’arrêter !!! ». Plus il me parlait, plus je riais comme une dinde ! On aurait dit la caméra cachée. Le pire c’est que le portail doit être refermé aussitôt pour éviter les fuites de bétail. Je voyais la voiture qui avançait pendant que je rabattais les deux vantaux de bois. Rien que l’idée de courir derrière la bagnole me donnait encore plus envie de rire !!! Une fois à la ferme, une deuxième barrière (de barbelés) reste à franchir… Ouf ! Ils ne l’avaient pas encore remise en place, j’ai pu éviter de courir comme une conne devant un parterre de sympathisants misogynes. Bilan : deux godasses en piteux état, une envie de pipi passée à l’as parce qu’il fait trop froid pour baisser son pantalon, un Eric mouillé par la bruine bretonno-beninense, et juste un boulon à resserrer, un complément de liquide dans la tuyauterie de la vilaine caisse à savon avant de repartir. Plus de peur que de mal, une heure de retard sur l’horaire. Ce n’est pas rien quand on sait qu’il y a 550 km à se farcir à 70km/h…. Nous avons à nouveau pris congé de nos hôtes et sommes arrivés à la capitale en début de soirée, plongeant dans l’univers bruyant et mouvant de la vie citadine.

Par Youna
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 00:40

Un vent de folie balaie la ville. La température est descendue d’un seul coup. Il ne fait pas plus de 14°. Nous sortons les pulls, les gilets de laine, plusieurs couches de T-shirts pour affronter le froid qui nous saisit. Nous parcourons la ville pour rendre visite à notre avocat et reprendre nos repères parmi le million et demi d’habitant de cette capitale départementale. Pas moyen de traverser la rue sans risquer sa peau. Finalement nos conducteurs nationaux ont plus de respect et d’attention pour les piétons quoiqu’on en pense ou en dise ! Nous avons repris contact aussi avec notre intermédiaire ukrainien qui vend des propriétés, dont celle qui nous intéresse. Les jours passent et se ressemblent, la température ne cesse de baisser jusqu’à afficher 12° avec vent et quelques gouttes de pluie. Nous avons même ajouté une couverture de laine bien douce sur chacun de nos lits et conserver un T-shirt pour la nuit ; quoi moi ? Comment ça ? Qui vous a dit que j’ai dormi en caleçon long et pull ???.... Et que dire de la salle de bain pas chauffée…dans laquelle s’insinue le vent par les interstices de la fenêtre pas étanche… Pas étanche moi non plus d’ailleurs. La première nuit, je me suis réveillée en sursaut, une impression étrange de ne plus maîtriser mon corps, non, pas tout mon corps… juste mes sphincters ! Je me suis levée en vitesse, victime de l’attaque sournoise d’une courante incontrôlable et de la fuite de caca(piteux). Une douche à 2 heures du mat, des draps témoins de l’attaque, une interrogation sur ses capacités à contrôler son enveloppe charnelle et ses contenus malgré un âge encore loin de la sénilité (ben quoi, c’est pas vieux 28 ans…!!) et un grand moment de solitude face à soi-même. Heureusement que nous avons une chambre quadruple et que j’ai pu me glisser dans le 4ème lit encore propre, sec et bien-odorant ! Je ne vous raconte pas le lendemain lorsque vos compagnons de chambrée vous découvrent, par un tour de passe-passe, à l’opposé de l’endroit où ils vous ont souhaité bonne nuit, les yeux explosés, la mine bistre, suivie par des relents merdiques… Vive la bouffe des bords de route ! Bref, après 3 jours sur place, une petite remise en forme de Titine qui vient de s’équiper d’une galerie sur son toit afin de mettre la roue de secours (précédemment attachée sur la remorque) nous avons décidé de quitter Santa Cruz et de nous rendre à Trinidad, ville située à 550 km au nord-nord-est près de laquelle la propriété de San Francisco nous tend les barrières. La route est bonne sur la première partie. Le vent et le froid s’amenuisent au fur et à mesure de la remontée vers le nord. Comme les oignons, nous retirons nos pelures de protection pour finir, enfin, en T-shirt ! Merci, la douce chaleur du soleil sur la peau nous fait revivre. Demain nous irons voir Walter sur ses terres.

Par Youna
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Dimanche 23 août 2009 7 23 /08 /Août /2009 00:39

Nous ne sommes pas loin de la vérité. Environ 400 km nous séparent de la capitale. Nous serons à Santa Cruz en début d’après-midi.  Une petite collation en bord de rue faite d’empanadas au fromage et de galettes de viande, un yaourt à la fraise de chez Pil (le Yoplait national) et en route, mauvaise troupe ! Nous attaquons par une superbe route asphaltée, une œuvre d’art dernier cri. Le chauffeur est ravi, Titine aussi ! Nos lombaires également… Le bénéfice de cette langue de goudron est de courte durée. Des machines monstrueuses nous coupent le chemin, des dizaines d’hommes devancent ou suivent les « laboureuses », dameuses, balayeuses, « cimenteuses », qui construisent la suite de cette superbe route. Nous voilà donc obligés d’emprunter les bords de route dans des tourbillons de poussière. Eric doit retrouver ses habitudes de conduite sportive. Des trous, des trous, et encore des trous. Grands comme des nids d’autruches géantes de celles sur lesquelles on peut faire des courses de vitesse. Titine fait la tête maintenant, elle y croyait elle aussi à ce repos des suspensions. La prévision horaire est en train de prendre un sacré coup dans l’aile. Il est presque midi et nous n’avons fait que 150 km. Allez les matheux : 150 km en plus de trois heures, ça donne quoi comme vitesse ??? Pas terrible hein !? Bien entendu il n’y a aucune possibilité de se restaurer sur la route, pas un seul poste d’essence non plus et nous prions pour qu’aucun ennui mécanique ne survienne sur cette route pourrie et déserte. Nous croisons quelques camions qui nous recouvrent de poussière et trouble la visibilité sur plusieurs centaines de mètres. Plusieurs d’entre eux sont arrêtés en bord de chemin, certains tentent de se dépanner seuls, d’autres attentent du secours. Nous dépassons rarement le 50km/h (réponse à la colle pour les non matheux !), la vitesse de croisière reste le plus souvent un petit 40. On a le temps de voir le paysage !!! On pourrait même chercher des trèfles à 4 feuilles sans descendre du véhicule. Nos estomacs se manifestent un peu. Il est 14h et toujours pas d’espoir d’amélioration du réseau routier. Heureusement, il reste des pommes, quelques biscuits au coco et des bouteilles d’eau. Il est quasiment 17h quand nous arrivons au croisement principal qui mène à la ville. En pleins travaux lui aussi ! Nous nous engageons enfin sur une route digne de ce nom. Titine respire ! La remorque toussote. Cette fois la suspension a lâché…Pas de bricolage possible, Eric retire carrément le morceau de métal. Il s’accorde à dire que la route sur laquelle nous sommes ne semble pas être la bonne… Nous rebroussons chemin, repassons le péage, et dans un alambic de routes reprenons la bonne direction. Ras-le-bol de la voiture ! 18h, entrée dans Santa Cruz, la mauvaise heure comme dans toutes les grandes villes. Les embouteillages sont incroyables, les feux changent de couleur à toute vitesse, chacun s’engage sans regarder son voisin et force le passage à grand renfort de klaxon. Assourdissant ! Eric se faufile du mieux possible dans cet imbroglio de tôles tonitruantes. La remorque ne nous lâche pas d’un pouce, probablement apeurée de cette folie citadine. Vivement la sérénité du garage de l’hôtel. Nous sortons nos bagages, dans un nuage de terre rouge, nous installons dans la même chambre  quadruple que l’an dernier (amusant !) et profitons de la chaleur douce de la douche. Nous ressemblons à des cochons de latérite ! Malgré la fatigue, nous partons au resto « los Hierros » celui qui sert des lomitos monstrueux et juteux à souhait. Le ventre plein, nous nous couchons dans notre petit lit perso. La nuit sera bonne.

Par Youna
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