Une petite journée qui s’annonce bien. Hier nous somme allés à la « migración » pour faire prolonger nos titres de séjour et aujourd’hui nous retournons à la douane pour que Titine soit en règle. Je dis retournons car nous y sommes passé hier mais l’agent responsable n’était pas là. Donc vers 10H comme convenu, nous nous présentons dans un bureau où des tas de gens entrent, sortent au gré de leur bonne bouille, passent dans les bureaux à l’arrière par une porte gardée par un vigile. Nous attendons patiemment notre tour sans comprendre à qui est le tour ! Tiens ! On l’a déjà vu hier celui-là ! Et celui-ci aussi ! visiblement nous sommes tous dans la même galère administrative. 11H30 à ma montre Seiko à quartz, la charmante douanière ( pit-bull avec du rouge à lèvre) nous appelle de derrière son bureau et nous demande de revenir cet après-midi dès 14H00. Si c’est pas du foutage de gueule… Il faut savoir que la douane est située à la sortie de cette grande ville (1,5 million d’habitants tout de même !) et qu’il va falloir tout retraverser dans peu de temps. Nous nous vengeons en allant manger un morceau. Les deux coups de 14h sonnent, la douane nous sommes encore dans vos services ! Toujours les mêmes têtes ! Toujours ce ballet incessant de gens qui entrent et qui sortent forçant parfois la petite porte. Vers 15H15, Freddy (son nom est inscrit sur le badge !) nous reçoit debout dans le couloir pour nous dire qu’il a besoin de voir le passeport d’Eric, que notre demande a été refusée car la photocopie n’est pas suffisamment lisible, qu’on voit mal le tampon de prolongation… je sens le sang me monter à la tête. Bon, il admet qu’en refaisant une copie ça pourra aller, il veut maintenant voir le véhicule et vérifier ses numéros. 5 minutes pas plus. Il nous abandonne encore dans le couloir et revient nous expliquer que…faudrait qu’on revienne demain, que la secrétaire (Mme Pit-bull) n’a pas transmis le dossier au bon moment, qu’il fallait passer par le chef de l’autre côté du bâtiment, bref je vois le coup gros comme un gratte-ciel : revenir demain ! Non !!! Je lui explique que nous devons partir demain matin de très bonne heure, que nous revenons pour la 3ème fois et que ce n’est pas très cool de nous faire attendre comme ça. Il en réfère à son chef, revient vers nous et nous demande de bien vouloir patienter encore 20 minutes le temps de taper le document. On ne doit pas avoir la même notion du temps…Il est 16H passées quand il nous tend le laissez-passer de Titine. Il a dû taper son rapport à un doigt, tout en sirotant un coca-cola accompagné d’un empanada ! Nous retournons à l’hôtel fatigués de n’avoir rien fait. Que de temps perdu ! Ce soir on se fait plaisir, on va manger une petite salade de jambon serrano produit dans la région, de fromage exquis et de figues sèches. Pendant le repas nous discutons de notre départ demain matin vers Trinidad quand notre ami Ukrainien Dimitri nous appelle, au départ pour l’affaire de la propriété, puis à l’annonce de notre levée de camp il nous met en garde : un blocage des routes risque fort d’avoir lieu vers Guarayos, les indigènes se rebellent contre l’achat des terres des ancêtres par de gros investisseurs (des milliers d’hectares pour des millions de dollars) qui appauvrissent le peuple en leur retirant leur gagne pain. Mauvais plan ! Guarayos n’est qu’à 200 km de l’arrivée et pour rebrousser chemin il faut du carburant qu’il n’y a pas partout tout le temps ! ca fait ni une ni deux dans la caboche du futur ganadero. On fait les valises et on roule cette nuit ! Camille et moi le regardons, interloquées. Après la journée de merde de ce mardi tu veux vraiment prendre la route ? Oui. On rentre à l’hôtel, je boucle les valises, la remorque est en position derrière Titine, nous remercions le personnel et zou ! Il est 22H45 quand nous démarrons. Je tombe de sommeil. Un petit roupillon enroulée dans ma veste 100% pure laine d’alpaga me redonnera un peu la pêche. Vers 3H30, Eric me sort de ma torpeur et me demande de prendre le relais. Oh là là… ça me rappelle vaguement quelque chose ! Je crois qu’il n’y a pas de hibou dans ma famille (des vieilles chouettes surement !) dommage ! Loin d’être un animal nocturne, la Youna vulgaris possède néanmoins une faculté d’agrandissement de l’œil et une dilatation extrême de la pupille. Et que je baille, et que je regarde partout pour éviter les trous, et que je me chante des chansons dans ma tête pour m’occuper, et que je transpire quand une paire de phares vient à ma rencontre. Non, décidément, la Youna vulgaris n’a rien à faire dehors à une heure aussi tardive. Quel soulagement vers 5 heures du matin quand Eric reprend le volant. Je me redors aussi sec. Il paraît même que peu de temps après il a fait un brin de cosette avec Camille momentanément sortie de son coma ! Je rouvre les yeux une cinquantaine de km avant la ville. Le soleil se lève à peine augurant une belle journée pleine de promesses. Nous sentons alors que nos estomacs manifestent leur besoin naturel de se remplir. Heureusement que nous avions fait des achats à santa Cruz et les yaourts à boire sont les bienvenus, les biscuits passent tout seuls, les jus de fruits descendent sans peine. Trinidad se réveille à peine quand nous arrivons sur la place centrale. L’activité est au ralenti en ce mercredi matin ; le seul endroit ouvert n’est pas du meilleur goût, son café non plus ! Que dire du jus d’orange Tang aux saveurs prononcées de liquide vaisselle (moumoune). Dégueux ! Nous repartons sans attendre en quête d’un lieu pour dormir ce soir, prendre une douche pour enlever les derniers stigmates d’une nuit sans sommeil. On ne cherche pas de 4 étoiles, il n’y en a pas ! On se contente d’une chambre sans fioriture, sans petit déjeuner, ni internet ! Si tu veux la clim c’est 100 bolivianos de plus ! On se contente du ventilo, de toute façon on est loin des grosses chaleurs, c’est l’hiver. Après un repos d’une heure, nous allons grignoter dans le resto bar que nous connaissons. Nous avons fait les petites annonces et les agences immobilières pour dégoter un petit chez-soi. Mauvaise période : les cours à l’université ont repris lundi et les locations sont quasi inexistantes. Nous allons voir un agent qui nous propose une maison … en construction ! prête dans un mois, dit-il. Il doit nous rappeler dès qu’il aura trouvé quelque chose d’autre. Un particulier nous donne l’adresse d’un appartement. Nous arrivons au pied d’une construction semi achevée avec des fers à béton pointés vers le ciel, un escalier qui mène d’une terrasse (béton) à un nouvel escalier donnant sur une porte résolument close et personne pour nous renseigner. Deuxième tentative téléphonique : une dame nous donne rendez-vous demain pour visiter un meublé. On verra bien. Notre journée continue calmement, une sieste, un peu de télé pour nous imprégner de la langue officielle du pays, une balade en ville à l’heure où une rupture de courant généralisée fait retomber dans le calme la population tout juste sortie de sa sieste. Nous dînons d’une punta de S avant de sombrer dans le sommeil nocturne tant attendu depuis hier.
Petit déjeuner à la Casona, visite à notre agent immobilier qui n’est pas là (pourquoi donner rendez-vous alors ?), lecture des petites annonces (qui n’ont pas évolué depuis hier), premier contact avec l’association des ganaderos de Trinidad, connexion internet dans un cybercafé pour constater que personne n’est en ligne ou ne répond, que les messages se font rares, puis visite du meublé. Petite maison de ville située à 3 pas de la place principale, deux chambres climatisées, un séjour salle à manger, télé avec câble, une cuisine, une salle de bain, une terrasse intérieure avec churrascaria, une lavenderia (sauf que le lave-linge est en panne), une courette pour étendre le linge munie de son lavoir... La grille d’entrée jouxte une banque surveillée 24h/24 par un garde. Pas d’hésitation, on ne trouvera pas ailleurs et maintenant un logement équivalent. Nous signons l’après-midi même. Deux heures plus tard, nous vidons la chambre d’hôtel et emménageons dans notre palace. Meublé mais pas tout équipé : pas de vaisselle ! La dame nous propose d’aller en chercher chez elle. Nous refusons et allons dans les bazars du coin pour nous équiper. Le strict minimum pour commencer et qui de toute manière sera utile pour aller s’installer dans la propriété. Comme des jeunes mariés, nous faisons le choix des tasses (12), assiettes(12 + 12), carafe, verres (12), couverts (4 X 12 -Tramontina exclusivement), bouilloire à sifflet (comme chez les british), cafetière italienne, passette à thé (so british again), boîtes plastique, panière à linge, égouttoir à vaisselle, pot à couverts, bassine, balais, chiffon, éponge et produits d’entretien. Camille est super contente de choisir avec nous ce qui pour elle est plus un jeu de dînette qu’autre chose. Quand je pense à ce que cela nous a coûté, je rigole ! Avec le total des achats on ne peut pas s’offrir mieux qu’une douzaine d’assiettes et de couverts chez nous ! Nous sortons de la remorque la malle renfermant le linge de maison et prenons draps, serviettes de bain, torchons à vaisselle. Bon…il y a un peu de poussière qui s’est introduite sur le linge de dessus, mais en dessous c’est propre. Ce soir les lits sauront l’odeur de la maison. Camille en a fait la réflexion dès que nous avons fait le sien : « Oh, maman ça sent comme à Stoupan ! ». Une fois encore, Proust nous nargue avec sa madeleine. Pour fêter ça, nous allons nous remplir la panse dans un endroit que m’avait indiqué un des jeunes qui était à San Francisco lors de notre premier séjour. Il m’avait vaguement fait un plan dans le sable, m’avait donné le nom que je n’avais pas fait l’effort de retenir sachant que je repartais le lendemain sur Santa Cruz. Mais quand il s’agit de bonne viande à se mettre sous la dent la mémoire revient vite ! Près d’une placette, une dizaine de petits coins pour manger se touchent. Aucun nom ne fait tilt dans mon cerveau. On tourne un peu dans les alentours. Dans une rue sombre, calme, où les motos se croisent nonchalamment, une enseigne lumineuse crie son nom « Pacumutu Trinitario ». TILT ! Un portail bancale ouvre sur une cour emplie de motos faisant ressembler le lieu à un garage de réparation, au fond on distingue de la lumière assez faible, des tables recouvertes de nappes rouges, de la fumée vient caresser nos narines laissant sur son passage le doux fumet des grillades de bœuf. Un petit carbet au toit de palmes abrite les convives venus en famille. Pas de touristes à l’horizon. (Lonely Planet a sans doute eu peur de la noirceur des lieux !). Un gamin d’une dizaine d’années vient à notre rencontre, ici c’est menu unique pour 30 bolivianos par personne. Quand nous avons découvert le plat de barbaque qu’il nous a servi, on a regretté d’avoir commandé pour trois ! On aurait largement pu inviter 2 ou 3 personnes de plus ! Le filet de bœuf saignant à souhait devait dépasser les 1,5 kg, le riz au fromage (une assiette à soupe pleine à ras bord), les yuccas frits (manioc) et la salade de tomates aux oignons émincés (un beau saladier) constituait le repas pour nous trois. Repas de roi pour 9 euros en tout… La famille à côté de nous (20 personnes dont quelques enfants) n’a pas commandé plus de 6 plats et est repartie avec son doggy bag. C’est pour dire ! Le ventre plein nous regagnons notre nouveau « chez nous ». Il est temps de se glisser dans NOS draps et de se laisser aller au gré du sommeil. Avez-vous déjà eu le mal de mer ? Ou avez-vous déjà frôlé le vomitou en vous couchant de retour d’une soirée trop arrosée, faisant danser le plafond au-dessus de vous avec cette terrible sensation que vous n’êtes pas maître de la situation ? Un petit mélange de tout cela et vous imaginez facilement ce que c’est que se coucher dans un lit qui réagit à chaque mouvement que fait votre co-dormeur ! Surtout quand il fait 25 kg de plus que vous !!! Pour couronner le tout, un vilain moustique a titillé Eric toute la nuit l’obligeant à se défendre à grand renfort de gesticulations brusques et à se lever pour allumer la clim. Bref ! J’ai super bien dormi !!! J’en ai encore la nausée…
Petit déjeuner à la maison. Qui aurait cru que le matin à 8h45 une indienne viendrait vendre ses jus d’oranges pressées devant le pas de notre porte ! Eric est sorti, carafe en main et lui a demandé de nous donner notre dose de vitamines en direct live, pour 1 euro et des miettes vous avez le top du jus de fruits ! Plus tard nous sommes allés chercher la remorque pour l’amener dans notre future propriété (Saint Machin priez pour nous !). Nous avons embarqué Walter et sa petite dernière Yblin qui a le même âge que Camille. Nous nous sommes rendus sur la 2ème ferme où travaillait Valentin, notre futur employé (Saint Machin…) et sa femme. Il s’activait à appliquer de l’antiseptique sur les nombrils des nouveaux nés, son aide repoussait les mères inquiètes et furieuses qui tentaient de se glisser entre le cheval et le soigneur pour mieux protéger leur progéniture. On aurait pu arriver plus tôt pour voir le travail si Eric n’avait fait son malin…Le chemin boueux que nous avions parcouru à cheval il y a quelques semaines est parfaitement sec et praticable en voiture sauf à un endroit…Walter lui a indiqué de prendre sur la droite, mais toujours plus fort que tout le monde, monsieur Je-Sais-Tout n’a pas écouté les recommandations et est allé droit vers l’embourbement assuré. Pas loupé ! Nous voilà au milieu d’un bourbier profond et collant. La position 4X4 ne sert à rien. Les branches sous les roues non plus. Il ne reste qu’une solution : pousser et utiliser le balancement de la caisse pour sortir de l’ornière. La sueur perle sur le front des deux hommes (il faut dire que notre ami Walter pèse son quintal passé), moi je manœuvre Titine qui s’amuse comme une petite folle de ce nouveau jeu. Enfin sortie, profitant pleinement de ce bain de boue inopiné, elle reprend le chemin de terre solide et grise. Au retour nous sommes retenus pour la collation du soir : une assiette de locro (soupe traditionnelle de légumes et de morceaux de viande). Nous remercions la maisonnée avant de reprendre la route de Trini, dans la nuit noire et pleine de poussière soulevée par les véhicules nous précédant. Une halte aux baraques à bouffe (pas les baraques à frites du Nord mais pas loin !) et direction la maison. Camille, qui a joué avec sa copine bolivienne et a communiqué en castillan (!!! Des progrès énormes !!!), est exténuée, elle va de la voiture à son lit sans passer par la case repas. Le marchand de sable y est allé fort ce soir puisqu’il n’est que 20H30 ! Demain on ne doit pas oublier de se lever car le plombier vient réparer la chasse d’eau qui coule en permanence… vague impression de déjà vu lors de ce séjour…
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